Le 2 avril, le président Donald Trump a annoncé l’imposition de nouveaux droits de douane « réciproques » sur les pays affichant un fort excédent commercial avec les États-Unis. Si un tarif de base de 10 % sera appliqué à l’ensemble des importations américaines, la Thaïlande se voit infliger un taux de 36 %, bien au-delà des attentes du marché. Ce pourcentage aurait été calculé sur la base du ratio entre l’excédent bilatéral et les exportations thaïlandaises vers les États-Unis.
Riposter, négocier ou encaisser ?
Selon la banque Kiatnakin Phatra, trois scénarios s’offrent à la Thaïlande. Le premier serait de riposter, à l’image du Canada ou de l’Union européenne, en augmentant à son tour les droits de douane sur les produits américains. Une option jugée difficilement tenable pour un pays plus dépendant des États-Unis que l’inverse. Le second scénario, jugé le plus probable, serait celui de la négociation : offrir des concessions en échange d’une réduction des droits de douane. Enfin, la Thaïlande pourrait choisir de tolérer les pertes à l’exportation tout en protégeant ses secteurs domestiques.
Le véritable impact dépendra des négociations
Un tarif de 36 % représenterait un choc important pour l’économie thaïlandaise, même si la banque juge improbable que ce niveau soit maintenu dans la durée. Les conséquences dépendront largement des résultats des négociations à venir. Parmi les concessions possibles : une ouverture partielle de certains secteurs stratégiques comme l’agriculture (soumise actuellement à des droits de 30 à 50 % et à des barrières non tarifaires), l’automobile (40 à 80 %), ou encore les services (banques virtuelles, commerce numérique, assurances). Bangkok pourrait également s’engager à acheter davantage de produits américains, notamment du maïs, du soja, du gaz naturel liquéfié (GNL) ou du pétrole brut.
Toutefois, certains produits agricoles sensibles sur le plan politique, comme le porc ou la volaille, devraient rester protégés — du moins temporairement.
Ce que veulent les États-Unis
La banque souligne que l’issue de cette crise commerciale dépendra largement de ce que Washington exigera réellement de la Thaïlande. Si les négociations échouent alors que d’autres pays parviennent à alléger leurs propres sanctions, des produits clés comme l’électronique, les ordinateurs, les disques durs ou le caoutchouc thaïlandais pourraient perdre en compétitivité, entraînant une baisse des exportations et des investissements étrangers.
Vers une baisse des taux dès avril ?
La banque prévoit désormais une première baisse du taux directeur dès la réunion d’avril du Comité de politique monétaire (MPC), suivie de deux autres en 2025 et potentiellement une en 2026. En plus des incertitudes liées au commerce, d’autres facteurs comme le ralentissement du tourisme ou les conséquences du récent tremblement de terre justifient, selon elle, un assouplissement monétaire. Fait notable : le MPC ne considère plus l’endettement des ménages comme un obstacle majeur à une baisse des taux, alors qu’il s’agissait jusqu’à présent d’un frein important.
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